Rendements SCPI en baisse : causes et perspectives d’avenir

En 2024, plusieurs SCPI majeures ont annoncé une diminution de leur taux de distribution, parfois inférieure à 4 %, un niveau rarement observé depuis plus d’une décennie. Cette évolution contraste avec la progression continue du nombre d’associés et la collecte encore soutenue enregistrée au premier semestre.

Certaines SCPI, à l’image de Primopierre, affichent des valeurs de reconstitution en retrait, signalant des ajustements de prix sur le marché de l’immobilier d’entreprise. Les perspectives de rendement pour le second semestre soulèvent des interrogations sur la capacité du secteur à rebondir à court terme.

Panorama 2024 : où en est le marché des SCPI face à la baisse des rendements ?

Après des années de croissance continue, le marché des SCPI se heurte à une réalité nouvelle : la baisse des rendements s’impose désormais comme la norme. L’immobilier tertiaire, en France et dans plusieurs pays européens, subit de plein fouet les répliques d’une économie sous tension. En coulisses, les gestionnaires réajustent le prix des parts et revoient à la baisse la valorisation de nombreux fonds, ce qui affecte autant la souscription que l’intérêt des nouveaux investisseurs.

La montée rapide des taux d’intérêt et la contraction de la demande locative, en particulier sur le segment des bureaux, pèsent lourd dans la balance. Désormais, la baisse du prix des SCPI provoque une volatilité renforcée sur le marché secondaire, où il n’est pas rare de voir des transactions conclues sous la valeur de reconstitution des parts. L’incertitude s’installe, obligeant les porteurs à surveiller de près l’évolution de leurs placements.

Pour mieux comprendre, voici les grandes tendances qui dominent depuis janvier :

  • Baisse prix parts : près de 20 SCPI ont déjà révisé leurs valeurs à la baisse depuis le début de l’année.
  • Collecte en ralentissement : la dynamique de souscription marque le pas, particulièrement au second trimestre.
  • Écart de performances : l’écart de rendement entre SCPI diversifiées et spécialisées se creuse, rendant le choix des supports plus stratégique que jamais.

Pour réagir, les sociétés de gestion adaptent à marche forcée leur politique d’investissement. Certaines privilégient la diversification européenne, d’autres misent sur des secteurs moins exposés comme la logistique ou l’immobilier de santé. Mais la baisse prix souscription pose une question de fond : comment restaurer la confiance et maintenir l’attrait du placement dans un environnement réglementaire plus exigeant et sous la pression d’une inflation persistante ?

Pourquoi les rendements des SCPI reculent-ils ? Décryptage des causes profondes

La chute des rendements SCPI ne s’explique pas par un seul facteur. En premier lieu, la hausse des taux d’intérêt : l’augmentation du coût du crédit immobilier freine les acquisitions, ralentit les transactions et pèse directement sur la valeur des actifs détenus. Les prix de l’immobilier s’ajustent à la baisse, ce qui se répercute mécaniquement sur la valorisation des portefeuilles de SCPI.

La crise immobilière, qui touche à la fois les secteurs résidentiel et tertiaire, accentue la pression. La demande locative se contracte, principalement sur les bureaux, ce qui fragilise les taux d’occupation et impose des arbitrages parfois douloureux aux gestionnaires. La liquidité se tend : la collecte ralentit, les retraits augmentent, et certains acteurs diffèrent leurs projets d’acquisition.

D’autres paramètres entrent en jeu : les frais de gestion et de transaction, structurels, grignotent les marges dans un contexte où la croissance des loyers ne compense plus ces charges. La fiscalité appliquée aux revenus fonciers continue d’éroder la performance nette pour les détenteurs de parts.

Ce climat exacerbe le risque de perte en capital. Lorsque les valorisations corrigent, la baisse prix souscription s’impose, et le placement immobilier indirect perd son caractère rassurant. Chaque paramètre, taux d’intérêt, liquidité, fiscalité, pèse désormais beaucoup plus lourd dans l’équation d’investissement.

Primopierre et les autres : analyse critique des performances des principales SCPI

Le secteur des SCPI de rendement ne fait pas exception à cette vague d’ajustements. Même les grands noms du marché, longtemps perçus comme des valeurs sûres, sont contraints de revoir leur copie. Prenons l’exemple de Primopierre, gérée par Primonial REIM, qui a acté en 2023 une baisse du prix de souscription de 17,1 %. Un choc pour les associés, qui illustre la sévérité de la correction sur le segment des bureaux franciliens.

Le phénomène ne s’arrête pas à ce cas emblématique. Accimmo Pierre, pilotée par BNP Paribas REIM, a elle aussi abaissé le prix de ses parts de 12,5 % en 2023, du jamais vu dans l’histoire de cette SCPI au profil traditionnellement prudent. Même logique pour Rivoli Avenir Patrimoine et Patrimmo Croissance Impact, rattrapées par la nécessité de s’aligner sur les nouvelles valorisations.

Voici un aperçu synthétique des baisses enregistrées récemment :

SCPI Baisse du prix de souscription (2023) Gestionnaire
Primopierre -17,1 % Primonial REIM
Accimmo Pierre -12,5 % BNP Paribas REIM
Rivoli Avenir Patrimoine -10 % Amundi Immobilier

Le message envoyé par ces ajustements est limpide : le marché s’oblige à revoir ses ambitions, parfois brutalement. Pour les investisseurs, l’heure n’est plus à la recherche de rendement sans risque, mais à la gestion active du couple rendement/risque. L’immobilier collectif doit désormais prouver qu’il peut résister et s’adapter, même lorsque le contexte devient plus exigeant.

Jeune femme devant une banque avec documents d

Quels choix pour les investisseurs dans un contexte incertain ? Perspectives et pistes de réflexion

La baisse des rendements SCPI généralisée pousse les épargnants à repenser leur stratégie. Jadis perçu comme un refuge offrant stabilité et revenus réguliers, l’immobilier collectif doit composer avec la remontée des taux et une correction généralisée des prix. Face à cette donne, certains hésitent, d’autres ajustent leurs positions sans tarder.

Dans ce contexte, la sélectivité gagne du terrain. Les performances divergent de plus en plus selon les gestions et les typologies d’actifs. Certains fonds tirent parti de leur exposition à la santé, à la logistique ou au résidentiel géré, moins affectés par la tempête. D’autres, plus concentrés sur les bureaux ou les commerces, voient leurs rendements s’effriter et la valeur de leurs parts réajustée.

Voici quelques axes concrets à explorer pour ceux qui souhaitent ajuster leur allocation :

  • Analysez la qualité des locataires et la solidité des baux signés.
  • Considérez une diversification vers d’autres marchés européens, comme l’Europe du Nord ou l’Espagne, où les cycles immobiliers ne sont pas strictement corrélés à la France.
  • Examinez la possibilité d’intégrer les SCPI dans un contrat d’assurance vie, pour bénéficier d’une liquidité accrue et d’un environnement fiscal plus favorable.

La question de la liquidité revient au premier plan : la hausse du coût du crédit limite la capacité des nouveaux investisseurs à entrer, et la revente de parts peut prendre plus de temps sur les véhicules les plus exposés. L’avenir passera par la capacité des sociétés de gestion à faire évoluer leurs stratégies, à céder des actifs moins porteurs, à réduire les frais, ou à cibler des secteurs plus dynamiques. Ceux qui suivent l’actualité du secteur scrutent chaque mouvement, guettent les signaux faibles et adaptent leur approche au fil de l’eau.

Le marché des SCPI ne ressemble plus à celui d’hier. Les certitudes s’effacent, l’agilité et l’analyse reprennent leurs droits. Reste à savoir qui saura transformer cette zone de turbulence en opportunité durable.